Quand l'expatriation change la trajectoire...
Il y a des expatriations qui ressemblent à une parenthèse : quand elle se ferme, on reprend comme si de rien n'était.
Et puis il y a celles qui déplacent tout.
Pas seulement le pays, la langue ou le cadre de vie.
Mais la manière de se définir.
La manière de se projeter.
La manière même de répondre à la question : « qu’est-ce que je fais professionnellement ? »
Pour beaucoup de personnes expatriées, le retour à une vie professionnelle après une (ou plusieurs) pause(s) n’est pas un simple redémarrage.
C’est un passage.
L'expatriation : la rupture silencieuse
On parle souvent de l’expatriation en termes d’opportunités : ouverture, apprentissage, enrichissement.
C’est vrai.
Mais on parle moins de ce qu’elle défait.
Elle défait parfois :
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une identité professionnelle construite dans un contexte précis,
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une reconnaissance acquise au fil des années,
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des repères implicites (statut, réseau, codes).
Sans bruit, l’expatriation peut donc déplacer des fondations profondes.
Et quand vient le moment de “reprendre”, quelque chose résiste.
Non pas par manque de motivation ou de vision.
Mais parce que la personne qui reprend n’est plus tout à fait celle qui s’était arrêtée.
La tentation de la "bonne" réponse
Beaucoup de partenaires expatriés consentent à faire une pause professionnelle pour vivre l'aventure expat' en famille, mais souhaitent reprendre leur carrière ensuite.
Quand vient ce moment, ils font souvent face à un dilemne :
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« Je pourrais refaire ce que je faisais avant… mais quelque chose bloque. »
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« Je sais faire beaucoup de choses, mais je ne sais plus ce que je veux faire. »
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« J’ai l’impression que mon CV ne raconte plus vraiment qui je suis. »
Ce malaise, quand, par chance, il est aussi clairement formulé, est souvent mal interprété.
On le traite comme un problème de stratégie, de clarté ou d’outils.
Alors on cherche la réponse évidente : la bonne formation, le bon intitulé de poste, le bon projet “raisonnable”.
Mais parfois, le vrai enjeu n’est pas quoi faire.
La question juste est plutôt qui suis-je devenu à travers ce passage ?
La pause n'est pas un arrêt, mais un seuil
Une pause professionnelle en expatriation n’est pas toujours un vide.
En arrière plan du quotidien personnel et familial bien chargé, c’est souvent un temps de transformation invisible.
Même quand rien ne semble se passer extérieurement, quelque chose travaille à l’intérieur :
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le rapport au temps,
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au travail,
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à la réussite,
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à la place que l’on veut (ou non) occuper.
Le problème, c’est que nos modèles professionnels sont rarement conçus pour intégrer ces transformations.
Ils sont faits pour optimiser, projeter, planifier.
Pas pour accueillir un changement d’identité.
Reprendre n’est pas toujours continuer
Reprendre une vie professionnelle après une expatriation ne signifie pas forcément :
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retrouver le même niveau,
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le même rôle,
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la même trajectoire.
Parfois, reprendre, c’est :
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accepter que certaines ambitions se soient déplacées,
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reconnaître que certains cadres ne conviennent plus,
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faire le deuil d’une version de soi qui a été juste… mais qui appartient au passé.
Ce travail-là ne se fait pas dans l’urgence.
Il demande du temps, de l’écoute, et souvent un espace sécurisé pour penser autrement que sous la pression du “il faut”.
Comment traversons-nous les passages de nos vies?
Ce que l’expatriation met en lumière, ce n’est pas seulement une question de carrière.
C’est une question plus large : comment gérons-nous les passages dans nos vies ?
Nous sommes très outillés pour décider, choisir, agir.
Beaucoup moins pour traverser, laisser émerger, accepter de ne pas savoir immédiatement.
Or certains passages — et l’expatriation en fait partie — demandent précisément de ne pas forcer une réponse trop vite, ne pas plaquer un ancien modèle sur une réalité nouvelle.
Sur quoi souhaitez-vous poser votre attention ?
Quelles questions décidez-vous de vous poser après cette pause et au seuil de la suite de votre vie ?
De cela dépendra le chemin que vous tracerez pour vous... qui n'a ni à être linéaire, ni à ressembler à celui de vos anciens collègues. Il ne tient qu'à vous qu'il vous ressemble vraiment.
Si vous vous reconnaissez ici...
Si vous êtes expatrié, en pause ou en reprise professionnelle,
et que vous sentez que le sujet n’est pas seulement de “retrouver un travail”, mais de retrouver une cohérence,
alors peut-être que ce temps d’entre-deux n’est pas un problème à résoudre, mais un passage à accompagner.
Prendre le temps n’est pas renoncer. C’est parfois la condition pour repartir autrement.
Parlons-en !